insecticides

« Les gouttes d’eau produites par les plants de maïs dont les graines ont été traitées aux insecticides peuvent tuer les abeilles en quelques minutes, d’après ce que démontrent des recherches menées à l’Université de Padoue, en Italie. Jusqu’alors l’impact des pesticides sur les abeilles n’avait été évalué que lors des semailles de maïs et par la contamination du pollen et du nectar. Suite à différentes études, l’Allemagne, contrairement à la France, interdisait l’utilisation de l’insecticide Cruiser après une surmortalité des abeilles observée dans le Bad-Württemberg. En France, ce sont le « Gaucho » et le « Régent », des produits d’enrobage des graines de la firme Bayer, qui furent interdits en 2004 pour leur toxicité sur les insectes butineurs. Bien que l’Afssa dans son dernier rapport sur le sujet ne dénonce pas explicitement le rôle des traitements phytosanitaires dans la disparition des abeilles, il semble difficile aujourd’hui de nier leurs effets délétères. Le pire étant que ces effets sont peut être plus larges que ce que l’on pensait. Pour le professeur Vincenzo Girolami, « les gouttes d’eau issues du phénomène de « guttation »(1) de plantes provenant de graines de maïs traitées, tuent les abeilles en l’espace de quelques minutes si celles-ci utilisent leur ligule (la langue trompe des abeilles, NDLR) ». Sa collègue chimiste, Andrea Tapparo, a montré, en analysant les gouttes issues de la « transpiration » des feuilles, qu’elles pouvaient contenir des néonicotinoïdes (substances utilisées dans le traitement des graines) à des concentrations 10 000 fois supérieures à la dose létale pour les abeilles. Les gouttelettes qui reposent à la surface des feuilles sont parmi les sources d’eau préférées des abeilles, elles risquent ainsi un empoissonnement direct, et pour les apiculteurs italiens, le problème ne se résoudra pas par la simple amélioration des semoirs ou des techniques de traitement. »

Elisabeth Leciak (extrait de l’UNAF Union Nationale de l’Apiculture Française)

1- En apparence, la guttation ressemble à de la rosée. C'est un phénomène proche de la transpiration que certaines plantes, comme le maïs, mettent en oeuvre pour évacuer le surplus de pression racinaire qui peut apparaître au cours de la nuit, notamment dans les sols où le taux d'humidité du sol est important. Il se traduit par une forme de suintement d'eau aux niveaux des stomates (les pores des feuilles), qui se condense pour former des gouttelettes sur les feuilles.

 

En effet, certaines substances dans les insecticides peuvent tuer les abeilles. Etudions le cas du Gaucho, insecticide systémique (1) utilisé pour traiter le tournesol, le riz, les légumes, le maïs et les céréales d'automnes, fabriqué à base d’imidaclopride. Le Gaucho est pulvérisé sur les feuilles de la plante et pénètre dans la sève de celle-ci. A partir le ce moment là, l’imidaclopride est absorbé par des insectes (comme le puceron et l’abeille) qui meurent dans les minutes qui suivent. Comment fonctionne l’imidaclopride ?

L’imidaclopride est un neurotoxique (2) (il s’attaque aux neurones) qui sévit dans les synapses (3)  des cellules nerveuses des insectes (il est beaucoup moins dangereux pour les mammifères, oiseaux ou poissons). Pour l’abeille, il est absorbé lorsque celle-ci butine une fleur traitée et dont l’imidaclopride a migré jusque dans la fleur ou lorsque cette dernière « gutte » (l’abeille boit alors l’insecticide). L’imidaclopride se diffuse dans l’insecte par l'hémoymphe et atteint le système nerveux où se trouvent les synapses. L’imidaclopride s’attaque essentiellement aux récepteurs cholinergiques nicotiniques (4), pour cause de sa ressemblance avec l’acétylcholine, neurotransmetteur excitateur (5 – 6) spécifique du récepteur cholinergique. Cet insecticide étant un néonicotinoïde (7), il possède les mêmes particularités que la nicotine et est excitateur : il se fixe sur les récepteurs de la cellule post-synaptique (8) et ces récepteurs, au lieu de fixer l’acétylcholine, fixent l’imidaclopride (qui a un effet plus puissant de contraction des muscles) et envoient des messages de contraction des muscles pour toutes les cellules et donc à tous les muscles. Le cœur et les poumons étant des muscles, ils sont aussi contractés (sans décontraction), et l’abeille meurt de tétanie.

 

 

 

C’est ainsi que le Gaucho contribue à la disparition de l’apis mellifera, mais cette piste est controversée car des chercheurs (de Bayer CropScience, groupe industriel qui a déposé l’insecticide Gaucho) affirment que la dose ingurgitée par les abeilles n’est pas mortelle car inférieure à la dose sublétale (9) ; et d’autres (d’organismes indépendants : CNRS, INRA) ont montré la culpabilité du Gaucho.

Quelques chiffres de Bayer :

Lorsque la plante est jeune : (la dose sublétale pour l’abeille étant de 20 ppb)

·         10 à 20 ppb dans les feuilles supérieures ;

·         100 à 200 ppb dans les autres feuilles ;

·         des quantités inférieures à 1,5 ppb dans le nectar

·         2 à 3 ppb dans le pollen.

 

Chiffres de l’Inra d’Orléans : « l'ingestion d'une dose d'un milliardième de gramme d'imidaclopride par gramme de pollen suffit à paralyser une abeille ».

Malgré les chiffres qui montrent l'inoffensivité de l'imidaclopride, on constate que les abeilles jeunes sont plus sensibles aux effets de l'imidaclopride que les anciennes, ce qui peut être une des causes des divergences de résultats, et ce qui pourrait être un argument supplémentaire pour la culpabilité de l’imidaclopride (les jeunes abeilles mangent du pollen contenant de l’imidaclopride et meurent de tétanie).

De plus, l’insecticide imprègne le sol et donc les plantes de la génération suivante contiennent aussi (beaucoup moins mais en quantités suffisantes) de l’imidaclopride.

Cet effet a été constaté également pour le Régent, insecticide à base de fipronil, et qui possède le même mode d’action : il bloque les récepteurs du GABA qui ont un rôle inhibiteur (10), ce qui créé une hyperexcitabilité des muscles et entraine la mort de l’insecte par tétanie.

Les mélanges d'insecticides peuvent également être dangereux, étant complémentaires les uns des autres. Par exemple, si l'on mélange de l'imidaclopride et du fipronil, l'effet devient ravageur pour l'abeille: le fipronil bloque l'inhibition des muscles pendant que l'imidaclopride les surexcite. L'abeille est alors plus tétanisée que si les deux insecticides agissent seuls.